MAIRIE DE COLLONGES-LA-ROUGE
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« La faille de Meyssac » encore bien mystérieuse

Les géologues ont toujours été intrigués par les contreforts calcaires froissés et inclinés en « contact anormal » sur le grès rouge le long de la départementale 38 dans la traversée de Collonges. Et combien de randonneurs descendant du massif de l'Habitarelle par le Puy de Valège ont-ils été surpris de sauter d'un pays à l'autre en l'espace de quelques mètres ? Après l'argile rouge où prospère le châtaigner typique du Limousin, ce sont, brusquement, les champs brûlés où survivent les genévriers et les chênes truffiers caractéristiques du causse lotois. En deux pas le randonneur fait un bond prodigieux de plus de 60 à 70 millions d'années ! Comment expliquer cette originalité géologique ?

Les grès rouges de la fin de l'ère primaire sont le dernier contrefort du Massif Central au pied duquel sont venus se déposer les calcaires liasiques au début de l'ère secondaire. Le bourg de Collonges bâti en grès rouge extrait du Puy de Valège qui culmine à 450 mètres est en fait un village installé sur le premier rivage calcaire du Quercy et du Périgord déposé par la mer du Jurassique. Cette mer qui a déposé par vagues successives ses sédiments durant des dizaines de millions d'années avant que l'érosion ne les façonne jusqu'à en faire le paysage pittoresque et contrasté que l'on connaît.

Premier rivage du Jurassique à l'aube du secondaireplissement

A défaut de receler le moindre petit os de dinosaures ou plésiosaures qui prospéraient à l'époque (1), les calcaires gréseux (aussi durs que le béton) qui chapeautent les plateaux témoins de Ligneyrac et du Puy de Vézy entre Collonges et Saillac, fourmillent de fossiles marins du Lias supérieur. De Boucheporn, un des pionniers de la géologie du bassin de Brive, n'écrivait-il pas à la fin du XIXe siècle : « A une certaine hauteur et tout particulièrement au sommet des plateaux, on voit quelquefois des couches fourmiller de fossiles, tels que térébratules, gryphées, pentacrinites, ammonites, bélemnites, peignes…La conservation des coquilles y a été déterminée par cette circonstance particulière, qu'après le comblement d'une partie des bords de la mer jurassique, ces plateaux actuels devaient former une plage où les corps marins étaient amenés et laissés par les flots…. ». Bref, Noailhac, Collonges et Meyssac, les pieds dans l'eau comme à St Tropez !

L'énigme des grès rouges de Noailhac – Collonges – Meyssac

Mais qu'en est-il de ce grès rouge qui fait le charme de Collonges et des villages voisins de Noailhac et de Meyssac ? Selon les avis éclairés de Maryse et Guy Chantepie, professeurs de sciences de la vie et de la terre aux lycées d'Arsonval et Cabanis à Brive, et adhérents fervents du GAGN (Groupement d'Amateurs de Géologie de Naves) c'est le résultat de la dégradation du Massif Central qui culminait il y a plus 200 millions d'années à l'exemple des Pyrénées et des Alpes de nos jours. Ensuite durant des millions d'années, l'altération et l'érosion ont fait leur œuvre épandant dans le bassin de Brive de vastes dépôts de grès de diverses couleurs selon les conditions climatiques torrides ou tropicales donc du degré d'oxydation du fer qu'ils contiennent (2,2 % d'oxyde de fer dans le grès de Collonges). Circonstances climatiques qui s'expliquent par le climat de la planète à l'époque mais aussi par le fait que ces sables agglomérés se sont déposés et compactés à la latitude du Sahara actuel avant que la dérive des continents n'amène nos paysages familiers à la hauteur du 45éme parallèle, c'est à dire à mi chemin du pôle Nord et de l'Equateur !

Le massif de l'Habitarelle à la latitude du Hoggar ? On croit rêver, mais à l'échelle des temps géologiques, l'histoire de l'humanité ne représente que quelques secondes sur la plage des 24 heures d'une journée.

Ancienneté et origine de la « Faille de Meyssac – Collonges – Noailhac »

S'il y a un débat qui divise toujours les géologues, c'est bien l'origine et l'ancienneté de la célèbre faille dite de Meyssac ! Une faille majeure qui part de Condat Le Lardin en Dordogne, se disloque vers Larche et poursuit une route presque rectiligne à partir de Noailhac pour se perdre dans les grès du Trias de St Bazile de Meyssac et les sables (au propre comme au figuré) de St Julien Maumont. Est-ce une ancienne faille varisque de l'époque hercynienne partant de l'Armorique au Massif Central, réactivée sous le poids des sédiments calcaires du Secondaire et subissant le contrecoup lointain de la surrection des Pyrénées au Tertiaire ? L'hypothèse de l'effondrement a été soulevée dans un bulletin du Bureau de Recherches Géologiques et Minières de Robert Feys publié en 1979 :

« La faille de Meyssac voit son compartiment nord remonté, son compartiment sud effondré….B. Grèze a remarqué que la faille Condat-Meyssac a une direction « pyrénéenne » et envisagé que sa direction puisse être hérité des sillons houillers du Massif Central méridional…La faille de Meyssac n'a pas fini de poser des questions ». Et aussi cette constatation contemporaine « Cette faille reste au Quaternaire un lieu de prédilection pour les glissements de Permien qui la jalonnent. Celui de Noailhac s'est produit pendant les temps historiques » (les photographies du glissement de Noailhac sont parues de la revue « l'Illustration » en avril 1914).

Bref cette faille qui interpelle toujours les géologues reste encore bien mystérieuse. Une belle faille endormie depuis des millions d'années et qui ne fait parler d'elle que lorsque l'argile superficielle qui la recouvre glisse après des pluies diluviennes (comme en 1914 à Noailhac mais aussi de manière beaucoup plus modeste en 1994 au lieu-dit Sauzède à Collonges.(cf le « Petit Collongeois 1995 »).

Rassurons les lecteurs : la faille de Meyssac n'a pas fait parler d'elle depuis que l'homme est sur terre. Donc rien à voir avec la faille de San Andréas en Californie qui donne des frissons aux habitants de San Francisco dans l'attente du Big One.